Les débuts de l'affaire

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« J’ai du bonheur seulement d’en voir des morts »

 

Pour comprendre l’histoire de l’ogresse, il faut remonter à la fin des années 1890. Jeanne Weber est alors une jeune nourrice parisienne fraîchement arrivée de Bretagne. Elle rencontre Jean Weber avec qui elle se marie et s’installe dans le quartier de la Goutte-d’Or. Elle met au monde une petite Marguerite, le bonheur semble total. Mais le nourrisson meurt subitement à onze mois. Bien que terrible, cette mort n’est pas jugée suspecte, la mortalité infantile étant courante à cette époque. Jeanne est d’autant moins mise en cause que le chagrin qui l’accable semble profond. Pourtant elle va prononcer devant témoin des mots terribles « Les enfants des autres, je ne peux plus les voir depuis que ma petite Marguerite est au ciel (…) j’ai envie d’en étouffer dans mes bras… Cela me ferait du bien. Cela me calmerait. Je ne peux plus les voir vivants et j’ai du bonheur seulement d’en voir des morts. ». Si ces paroles semblent être celles d’une mère accablée de chagrin, difficile de ne pas y voir, avec le recul, une funeste prophétie.

 

« Le croquemitaine en jupon » ou extraordinaire fatalité ?

 

C’est en 1905 que Jeanne commence à faire parler d’elle dans les journaux. On l’accuse d’avoir étranglé trois enfants de ses belles-sœurs. La première victime supposée est le petit Maurice, confié par sa mère à Jeanne Weber le temps d’une course. Il est retrouvé râlant sur le parquet, le visage congestionné. Pour les médecins qui examinent le corps, il ne fait aucun doute qu’il y a eu strangulation. La famille Weber comprend alors qu’elle n’en est pas à son coup d’essai. En effet, par le passé, Jeanne avait déjà eu en garde d’autres enfants de la famille, Germaine, Suzanne et Georgette, qui moururent toutes trois sans raisons apparentes dans les bras de la jeune femme. Après neuf mois en détention préventive et une enquête poussée, Jeanne Weber est jugée non coupable, les enfants étant d’après le procureur morts de causes naturelles.

 

Source de l'image: gallica.bnf.fr / BnF provenant de la BIU Santé